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 [Historique] La 450 SEL 6.9 W116 (1975 - 1980)

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MessageSujet: [Historique] La 450 SEL 6.9 W116 (1975 - 1980)   [Historique] La 450 SEL 6.9 W116 (1975 - 1980) EmptyLun 1 Nov 2010 - 15:51

La Mercedes 450 SEL 6.9 W116 (1975 - 1980)
Par Michel Tona


[Historique] La 450 SEL 6.9 W116 (1975 - 1980) Merce399

Une 911 en habit de Panzer
Comment qualifier la Classe S la plus extrême de son époque : La Mercedes 450 SEL 6,9 ? Deux chiffres qui cachent un moteur XXL, celui de la mythique Mercedes 600, poussé à près de sept litres, rien de moins. 286 chevaux, 225 km/h, le 0 à 100 km/h en moins de 8 secondes… le tout dans deux tonnes de confort sécuritaire ouaté. Retour sur la « 6,9 », jugée par la presse comme la meilleure et la plus rapide berline du monde en 1975...

[Historique] La 450 SEL 6.9 W116 (1975 - 1980) P1010011
le sigle magique qui fait toute la différence

Il fallait être fou pour la sortir, après le choc pétrolier de 1973. Mercedes repoussa d’un an et demi la sortie de sa S extrême, pour lui donner de meilleures chances de succès, le temps que les acheteurs potentiels reprennent confiance et retrouvent l’envie et la disponibilité du précieux carburant. Présentée en première mondiale au Salon de Genève 1974, elle ne sortit qu’un an plus tard, dans un contexte où la crise dominait toujours. L’idée était simple : faire la meilleure berline de luxe du monde. Il faut dire que la base était loin d’être mauvaise, en partant d’une 450 SEL, on prenait ce qui se faisait (déjà) de mieux en matière de grandes berlines haut de gamme. La 450 "standard", Voiture de l’année 1974 s’il vous plait, c’était : un V8 de 4,5 litres développant 225 chevaux, un niveau de confort et de sécurité jamais atteint sur une voiture de série. Mais pour dépasser Rolls et Bentley, il fallait quelque chose d’encore plus exclusif. Les ingénieurs de Stuttgart n’avaient pas à chercher très loin.... Il leur suffisait d’adapter le fabuleux moteur V8 M100 de la légendaire 600, la Mercedes qui transportait tous les grands de ce monde depuis 1964, du pape Paul VI à John Lennon en passant par Hugh Heffner, le patron du magazine Playboy. Ils avaient d’ailleurs appliqué la même recette dès 1968, avec la 300 SEL 6.3 ICI : l’ancêtre de la 6.9 passait de 0 à 100 km/h en 6,5 secondes et tapait un bon 220 km/h sur l’Autobahn. Les 6526 exemplaires vendus en moins de 4 ans prouvaient qu’une certaine clientèle attendait ce genre de « muscle car » made in Stuttgart.

[Historique] La 450 SEL 6.9 W116 (1975 - 1980) P1010012

Présentation
Esthétiquement, la 6.9 ne se distingue quasiment pas de ses sœurs. Bien qu’elle coûtait plus de 180 000 francs, un prix équivalent à celui d'une Porsche 928 en 1977 ou le double d’une 350 SEL (V8 200 chevaux), rien ou presque ne permettait de la différencier d’une 280 SEL de base. Laves-phares, double pot d’échappement, monogramme : voilà pour les signes extérieurs de richesse. Même les jantes en alliage étaient optionnelles, tout comme la sellerie cuir, le velours recouvrant la sellerie en équipement de base. Pour l’anecdote, le radiotéléphone optionnel coûtait la bagatelle de 18 000 DM, soit le prix de deux VW Coccinelles ! A l’intérieur, on pouvait compter sur 4 vitres électriques et un climatiseur en série, équipements en option sur le reste de la gamme. Les passagers arrière bénéficiaient d’office d’un large store à lamelles et de veilleuses. Mais à l’avant, les sièges électriques et chauffants restaient une option, tout comme l’ABS : fin 1978, la sechs neun eut le privilège d'être la première voiture au monde à pouvoir être équipée du fameux système de freinage ABS développé conjointement par Daimler Benz et Bosch.

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Moteur
Développant 250 chevaux, ce V8 de 6332 cm3 équipait déjà la 600 et la 300 SEL 6,3. Pour la 450 SEL 6,9, les motoristes d’Untertürkheim portèrent l’alésage de la à 107 mm et optimisèrent la gestion de l’allumage. Résultat : presque 7 litres de cylindrée, et 36 chevaux supplémentaires, soit 286 au total : c’était la puissance d’une BMW M1, ça commence à évoquer quelque chose ! Mais surtout, un couple inépuisable, de 56 mkg à 3000 tours… Comme sur les grandes sportives, la lubrification par carter sec a permet de positionner le moteur plus bas, et d'assurer un approvisionnement en huile optimal à toutes les allures, que le conducteur soit chauffeur de maître ou pilote de F1 au pied lourd. Ce big block recèle des ressources inépuisables.

[Historique] La 450 SEL 6.9 W116 (1975 - 1980) Merce401
Les dépassements sont une simple formalité, les accélérations sont supérieures à celles des Porsche 911 de l’époque, et avec une vitesse maxi de 225 km/h, la 6.9 détenait le record du monde pour une berline en 1975. Le magazine allemand Auto Motor und Sport la mesurera même à … 234 km/h !!! Par rapport au moteur de la 300 SEL 6.3 de 1968, le 6.9 est plus coupleux, plus puissant, plus souple et silencieux... mais aussi moins démonstratif. Avec un rapport final de 2.85:1 pour la 6.3 - contre 2.65:1 pour la 6,9 afin de réduire le bruit moteur ainsi que la consommation, l'aïeule passait de 0 à 100 km/h en 6,5 secondes, la 6.9 en 7,4.... La nouvelle pesait 200 kilos de plus que la 6.3, embonpoint du à au châssis ultra sécuritaire de la nouvelle Classe S W116. La Mercedes 450 SEL 6.9 réalise en fait la synthèse quasi parfaite du sport et du confort, cette fameuse alchimie que bien des constructeurs automobiles cherchent à obtenir.

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Sur la route
En ligne droite, la tenue de cap de ce tapis volant est exemplaire, même quand on élève l’allure bien au-delà des limites de vitesse autorisées Malgré la présence du pont à glissement limité et de pneus larges (215 x 14), la puissance et le couple sont tels que l'adhérence devient parfois insuffisante en accélération, même sur route sèche. Sous la pluie, mieux vaut doser ses accélérations. Outre le bouillant moteur de 7 litres, la grande singularité de la 450 SEL 6.9, c’est sa superbe suspension hydropneumatique. Alors que la 600 et la 300 SEL 6.3 roulaient sur l’air, la 6.9 adopte un système hydropneumatique intégral, avec une petite pompe de pression entraînée directement par l'un des ACT. Par rapport à la suspension Citroën, l’amortissement et la correction d'assiette sont plus rapides. Le résultat est exceptionnel, sans bruit, sans se manifester par une élévation après la mise en marche, la suspension refait littéralement la route. Aussi bien sur les pavés à petite vitesse que sur les dos d'âne à grande allure. Comme le décrit Bernard Carat dans l’Auto-Journal en 1976 : "Les coups de raquette sont totalement inconnus et pourtant les passagers n'ont pas l'impression d'une trop grande mollesse" conclut-il. La suspension hydropneumatique de la 6.9 couplée à un correcteur d’assiette empêchant tout cabrage à l’accélération ou au freinage, confèrent un comportement et un confort tout bonnement exceptionnel. L’inimitable qualité de filtration des suspensions étoilées, sublimée par l’hydropneumatique, voila ce qui fait le sel de la meilleure berline du monde, encore meilleure que la Rolls Royce Silver Shadow !

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Ce qu'en disait la presse
Il est bien difficile de juger une telle voiture suivant les critères applicables à la grande série. On se retrouve tout de suite à 200 km/h, ce qui n'est pas du goût, non seulement des diverses polices, mais aussi des autres usagers plus du tout habitués aux voitures rapides roulant suivant leurs possibilités. Allez donc expliquer aux gendarmes qu'une 6.9 avec ses accélérations, sa stabilité et son freinage est beaucoup moins dangereuse à 180 km/h que tel modèle roulant à 130 à sa vitesse plafond... Il est évident que la Mercedes 6.9 fait rêver l'amateur d'automobile mais n'est-elle pas un peu anachronique au moment où il n'existe plus guère de liberté sur les routes européennes
Il ne lui reste pour s'exprimer que les autoroutes de son pays d'origine toujours sans limitation. Ailleurs, il faudra la conduire tel Achille au pied léger et c'est bien dommage car elle rentre alors dans le rang, n'apportant guère plus de satisfaction qu'une 280 SEL avec toutes les options. Il est bien entendu qu'avec ce modèle, Mercedes cherche à étonner l'Amérique, pays de prédilection des gros moteurs, où l'essence vient encore de baisser sous l'effet de la libre concurrence. Elle étonne aussi l'Europe par son prix très élevé, par ses performances hors du commun, par sa suspension et son équipement difficiles à surpasser.
Bernard Carat conclu son essai (L'Auto-Journal, avril 1976)

Le résultat de cette bizarrerie mécanique, c'est une berline qui éclipse la plupart des GT en termes de vitesse et de comportement routier.
Pour Road & Track (Mars 1975)

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Acheter une Mercedes 450 SEL 6.9
Rassurant au premier abord, l'offre déjà abondante en S W116 est encore assez étoffée 450 SEL 6.9. Il est primordial de privilégier les véhicules en excellent état et à l'historique limpide: carnet et factures d'entretien vivement recommandés. Tester le bon fonctionnement de tous les accessoires de la voiture car une réparation de climatiseur peut dépasser les 5000 euros... Ne pas oublier de vérifier les dimensions de votre garage, encore plus pour cette 6,9 SEL de 5,06 mètres de long et 1,87 de large. Malgré leur qualité de fabrication légendaire, les Mercedes des années 70 ont tendance à rouiller, avec beaucoup de générosité parfois ! Points à vérifier: les bas de caisse, les supports de cric, le bas des portes, le fond du coffre, le logement de roue de secours. Ne pas oublier de checker les joints de portes et du coffre, leur remplacement coûte cher. Penser aussi à la sellerie, la facture peut elle aussi gonfler sur ce poste là... Mercedes continue à fabriquer la plupart des pièces d'origine et des accessoires, même si les prix sont toujours très élevés. Coté moteur, le V8 est quasiment indestructible, mais l'historique de l'entretien est capital. L'échappement (double) est à surveiller aussi car ces moteurs ont tendance à condenser. Les pneumatiques sont aussi un poste important en cas de remplacement. Si une 450 SEL toutes options en excellent état peut aller jusqu'à 8/10 000 €, il vous faudra rajouter 5000 € pour vous offrir une 6.9 état concours.

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Conclusion
La 450 SEL 6.9 c’est la crème de la crème des berlines étoilées. C’était carrément la meilleure berline du monde, et la plus rapide. 7380 exemplaires seront fabriqués de mai 1975 à avril 1980. Près de 20 % de la production traversera l’Atlantique. Sans équivalent à l’époque, cette très grande dame était capable d’en remontrer à plus d’une sportive, mariant à merveille la puissance, les performances et le confort d’un Pullmann. A part les Jaguar MKII 3,8 des années 60, on ne voit pas meilleur compromis entre sport et confort. Trente ans après sa sortie de chaîne, la 6.9 aura avec son initiatrice, la 300 SEL 6.3, créée le segment des grandes berlines à caractère sportif.

Chronologie
1968 : Présentation de la 300 SEL 6.3 Le moteur de la 600 descend dans la berline haut de gamme W109 et offre déjà des performances de GT (0-100 km/h en 6.5secondes.
1972 : Au Salon de Francfort en septembre, Mercedes-Benz présente la grande berline haut de gamme W116 (Sonderklasse, ou Classe spéciale). Au programme: trois modèles 280 S et SE (6 cylindres 156 ch et 185 ch avec injection), et 350 SE (V8 200 ch). La 450 SE (V8, 225 ch) sort 6 mois plus tard en empattement long, baptisée SEL (+ 10 cm), en même temps que le roadster 450 SL.
1973 : Version longue 350 SEL puis 280 SEL.
1974 : La 450 SE est couronnée Voiture de l'année par un jury de 45 journalistes européens.
1975 : Lancement de la 450 SEL 6.9 en mai, dotée du V8 des légendaires de la 600&et de la 300 SEL 6.3 porté à près de 7 litres. Première Mercedes équipée d'une suspension hydropneumatique. A plus de 180 000 francs, elle coûte deux fois le prix d'une 350 SE.
1977 : La 6.9 est proposée aux USA (jusqu'au millésime 1979).
1978 : Le premier antiblocage de roues ABS développé conjointement avec Bosch est proposé en option.
1979 : La nouvelle Classe S (W126) apparaît en septembre. La W116 450 6.9 continue à être produite jusqu'en avril 1980. 7380 exemplaires de mai 1975 à avril 1980 (dont 1816 exportées aux USA et au Canada) La production totale de W 116 (1972-1980) étant de 473.035 exemplaires.

Caractéristiques techniques 450 SEL 6.9
Mercedes Classe S (W116) 450 SEL 6.9 (1975 - 1980)
PRIX (1975) : 180.000 FF
PUISSANCE FISCALE : 39 CV
MOTEUR
Type: 8 cylindres en V à 90°, 16 soupapes
Alimentation: Injection mécanique K-Jetronic
Cylindrée en cm3: 6 834
Alésage x course (en mm) : 107 x 95
Puissance ch DIN à tr/mn: 286 à 4 250
Puissance au litre en ch DIN : 41,85
Couple maxi en mkg à tr/mn: 56 à 3 000
Couple au litre en mkg : 8,19
TRANSMISSION
AR.
Boîte de vitesses (rapports): automatique Mercedes (3)
POIDS
Données constructeur en kg: 1 935
Rapport poids/puissance en kg/ch DIN : 6,76.
DIMENSIONS
Long. x larg. x haut. x emp. en m : 5,06 x 1,41 x 1,41 x 2,96
modèles USA: long. : 5,33 m
ROUES
Freins : 2 disques ventilés AV (Ø 278 mm) et 2 disques AR (Ø 279 mm) + ABS en option (à partir de décembre 1978).
Pneus : Michelin 215/70 VR14 AV/AR
PERFORMANCES
Vitesse maxi en km/h: 225
400 m DA en secondes: 15"6
1 000 m DA en secondes: 29"2
0 à 100 km/h : 7"4
CONSOMMATION
Moyenne : 16 L/100 Km


Pour en savoir plus sur cette fantastique Voiture, je vous recommande la visite du forum francophone dédié aux Mercedes W116, bien connu de notre ami Braketou clin doeil www.mercedes-w116.com Vous y trouverez de superbes documents techniques comme ci-dessous.

[Historique] La 450 SEL 6.9 W116 (1975 - 1980) 1311

Anecdote
C'était un rendez-vous En 1976, Claude Lelouch se lance un défi peu banal, réaliser un court-métrage d’une séquence, sans montage. Jusque-là, tout va bien. Mais quand cette séquence se révèle être une traversée de Paris au volant d’un bolide, le tout sans jamais s’arrêter, ça coupe le souffle ! Provocant immédiatement la polémique. C’était un rendez-vous, est bien plus qu’un film, c’est toute une époque. Si toute la bande sonore a été enregistrée à bord d'une Ferrari 275 GTB, les images du film, elles, ont été tournées à bord de la Mercedes 450 SEL 6.9 de Claude Lelouch ! Tous les détails du tournage seront révélés lors d'une interview du réalisateur en 2006. On y apprend que la suspension de la Mercedes permettait d'avoir une image qui ne tremble pas trop, ce qui aurait été inexploitable à bord d'une voiture de sport comme une Ferrari de l'époque. La caméra accrochée sur le pare-chocs de la voiture, pour des vues au raz du sol, trois personnes à bord, Lelouch au volant, son chef machino, et son chef opérateur pour éventuellement changer le diaphragme, c'est au final 8 minutes 39 secondes époustouflantes de cinéma et d'automobile ! Des images qui renvoient à une époque où un vent de liberté soufflait au coeur de la Ville Lumière. La montée de l'avenue Foch, entre 150 et 180 km/h, les Champs-Élysées à 160 km/h au niveau de Franklin Roosevelt, puis jusqu'à la Concorde, une pointe 200 km/h ! Sur les quais, lelouch avoue même avoir franchi les 200 km/h... Convoqué chez le préfet de police, Lelouch se voit accusé de la liste interminable des infractions commises pendant les quelques minutes du tournage. Sur ce, le préfet lui demande de lui remettre son permis, le contemple rêveusement pendant quelques secondes, puis... le rend à Lelouch avec un large sourire. Je m'étais engagé à vous le retirer, dit-il. Mais je n'ai pas précisé pour combien de temps, avant d'ajouter, Mes enfants adorent votre petit film ! Une autre époque on vous dit...